jeudi 19 septembre 2024

Jeune fille d’antan.

 


Jeune fille d’antan.


Me voilà bien marrie, car depuis ce matin

Je cours à moitié nue et je ne trouve point

Ni jupon azurin, ni chemise de coton,

Ni voile incarnadin ni dessous de jupon.

À travers les persiennes, le ciel se dessine

Et se caprice au loin blanchoyant et morose

Affolissant mon cœur qui bat pour mille choses.

Je fouine entre guipures et bottines en nankin,

En quelque évagation, je m’ébaudis soudain

Et songe qu’à midi je chercherai encore

Et les bas de linon, et ma robe concolore.

Ah que je suis fâchée d’assotter pour de bon,

Pour un dandin fêtard amateur de salons.

Ce monsieur s’alambique et prend pour chaque mot

Des allures languides que badaudent les sots. 

Certes, il est mieux-disant en moult parleries 

Il parle, il patrocine pour séduire la galerie!

Enfin, il s’adonise en cape de velours

Tandis que je m’ennuie à souffrir son discours.

Ah, voici un ruban, des lacets et passants !

Comment pourrai-je aller d’alliciante façon

Si je n’accorde point mon chapeau et mes gants.

Il me faut me vêtir pour que je baguenaude.

Mais le ciel se noircit, me voilà bien penaude.

Je m’abandonne enfin sur le duvet de plumes

Les lueurs vespérales et les éclats de lune

Flattent ma nudité, caressent mes cheveux. 

Lors je me laisse bercer et je ferme les yeux.

Quelle heure est-il ? Enfin, je procrastine,

Je fronderai monsieur, donnant la gabatine 

Rieuse, évaltonnée, jouant et m’esbroufant

Et m’emmitonnerai telle une femme enfant.

Que l’amour est plaisant quand on mène la danse

À jouer la bagatelle et vivre de romances. 





mardi 10 septembre 2024

Paysage.


 

La mode.


 

La remplaçante.

 



Estelle chante la vie, du moins en apparence. 

Elle n’est que remplaçante, celle qui part sans arrêt. 

Celle qui passe quelque part sans jamais se poser,

Qui affiche, savamment des airs de liberté, 

Mais qui reprend le rang parce qu’il faut composer.

Supporter, endurer, la gente masculine, 

Se méfier des humeurs de la gente féminine, 

Entendre sans écouter et ne rien répéter 

Faire semblant d’être ailleurs et ne pas regarder.

Elle s’obligeait aussi d’être toujours à l’heure, 

Remplissant les devoirs de l’administration, 

Souriante à tout va malgré ses émotions 

Á des gens malfaisants et inintéressants 

Pour ne pas laisser poindre une faille possible.

Être au dessus du lot, malgré l’indifférence, 

Ne pas courber le dos en dépit des offenses, 

Et être féminine bien ostensiblement,

Victoire personnelle qui fait grincer des dents.

Estelle est très fragile et très forte à la fois, 

Jouant spontanément deux personnes en suivant.

Celle qui fait son travail, à qui on parle peu,

Et celle qui est chez elle, libre et décontractée.

Estelle, la discrète est bien vite oubliée.

Or, on comptait sur elle pour garder le silence

Sur des agissements qui méritaient sanctions.

Estelle, remplaçante de nombreuses années 

Sans famille attachée, déplacée à l’envie,

Suscite l’envie sournoise quand elle s’en va. 

Et pourtant elle n’est rien, bien qu’elle soit diplômée.

Trop jeune, trop belle, et bien naïve aussi.

Pourtant un jour viendra où elle dirigera 

Ceux-là même qui l’ont tant décriée, humiliée,

Petite revanche ultime au goût aigre et amer.






samedi 7 septembre 2024

Portraits de femmes.



 

Ce que je verrai plus tard.

 J’irai au paradis d’où je verrai la terre

Et je verrai l’enfer, Je verrai les damnés 

Ceux qui n’ont pas prié et qui sont condamnés. 

Les patraques, les méchants, les fous,

Tout les intransigeants rageurs et mécontents, 

Le cou proéminent et la glotte sévère, 

La fierté en bannière, l’arrogance en drapeau.

Et je regarderai tout ce qui indiffère, 

Qu’on refuse de voir, l’aveuglement notoire 

D’un monde sans espoir.

Et je regarderai 

Les vastes océans minés par les rivières 

Chargés de minerai, pollués et malades,

S’étirer, rétrécir, et mourir, enfermant 

La faune agonisante sous un soleil de plomb.

Je ne pourrai rien faire, je ne pourrai rien dire, 

Me glisser dans la foule essayer d’avertir 

Tout ce monde assassin qui avance tranquille 

Vers une mort lente, victime de ses crimes.

Et les pauvres manants erreront, solitaires,

Interrogeant le ciel parce qu’il n’y a rien à faire 

Perdus dans l’univers surpeuplé et beuglant 

Des hommes sans limite, 

Qui croient en je ne sais qui 

Et qui tuent froidement: la vie.

Effarée de la haut, je verrai la marée 

Débordante et affreuse bousculer 

Ce qui reste du peu d’humanité 

Engluée dans la fange des fils conducteurs 

Du progrès incessant des mains d’ordinateurs 

Invasives et manipulatrices 

Contre qui il est imprudent de croire 

Que nous les dirigeons quand c’est nous 

Qu’ils gouvernent.

Je m’en irai malade d’un passage sur terre 

Où l’on savait panser et guérir les enfants 

Sans tuer le futur , juste là, à côté,

Avec les mots d’amour qu’on met sur page blanche 

Et non à mille lieues, sur la vitre impalpable

Du commerce des yeux, apaisant la conscience 

Pour croire qu’on est heureux.

Alors, désespérée, j’enverrai avec force

Tout ce que j’ai d’amour à mes enfants chéris, 

À mes quelques amis, à ma famille aussi,

Je construirai un nid, pour les mettre à l’abri,

Et pour les protéger.

 


Dessins Galane 2024







 

Les petits riens.

 Je vais vous parler absolument de rien 

De ce rien qui nous manque et qui existe bien 

Un rien si important 

Qu’on ne peut l’attraper 

Qui manque sans arrêt 

On le désire debout assis 

Même couché 

Il nous courre dans la tête 

Et balaye les pensées les idées 

C’est un monstre imposant 

À l’appétit gourmand 

Ou c’est un petit rien 

Tellement considérable qu’on

Redoute de l’avoir 

Il pourrait nous montrer 

Les facettes cachées 

De ce bien inutile 

Qui mettrait à nu nos arrières 

Pensées. Un rien qui déshabille 

Notre intimité et qui montre 

Au grand jour 

Nos futures pensées.

C’est un vase en terre bleue 

Dont le col est si fin 

Qu’il ne peut contenir 

Qu’une fleur à la fois.

Un lys un jonc une atmosphère 

Un monceau d’espérance 

Déguisé en lumière 

Qui lance des éclairs 

Et éteint au passage l’éclat 

Des autres riens qu’on 

Avait désiré et qui n’existent plus

Des riens du verbe avoir 

Conjugués au passé 

Qui se sont envolés 

Sous la trombe de pluie 

Des riens insoupçonnés 

Enfouis écrasés 

Et qu’on piétine enfin 

Pour faire vivre l’espoir 

Pour pouvoir souffler 

Ou simplement rêver 

Un rien de facétie 

Un soupçon de gaité 

 Sur cet écran géant 

Où s’agitent, musclés 

Les riens qu’on a rangés 

Autrefois encombrants 

Et qui persistent à vivre 

Serrés en rang d’oignons 

Pour occuper l’espace 

des riens qu’on a comblés 

Qui nous tiennent la main 

Pour endiguer le flot 

Qui viendrait tout noyer 

Bousculant au passage 

Le monde de vérités qu’on 

Avait mis en place et plié 

Proprement pour laisser de l’espace 

Aux futurs occupants 

Un rien de courtoisie du soleil 

Et du vent, un brin de poésie 

Dans ce présent troublant.

Un rien sans apparat, presque blanc 

L’idéal transparent qui flotte 

En naviguant vers les coins insondés

De l’imagination

Les riens pèsent si lourd 

Que pour les supporter il faudrait 

Un camion, un navire une armée 

Pour celer

Tout les vases en terre bleue 

Qui se fêlent, arrogants, 

Dont les fuites probables 

Jettent sournoisement une liste de riens 

Oubliés au passage 

De ces riens qu’on balance 

Une fois qu’on les a eus et qui viennent 

Nous narguer pour brouiller le cerveau 

Que veulent-ils prouver ?

Ils étaient de passage 

Éphémères, une montagne de rêves 

À la mort annoncée, des idées avortées,

Que veulent dire tout les riens 

Qu’on a mis au placard ?

Qu’une vie ne suffirait pour combler 

Tous les riens qui s’accrochent aux nuages 

Et refusent de tomber 

Comme s’il pouvait pleuvoir 

Tout à coup l’impossible 

Au claquement d’idée 

Au sursaut d’intérêt

 Les riens indisponibles 

Qu’on voudrait obtenir 

Parce qu’ils sont fugaces 

Et prêts à s’envoler 

Parce qu’ils existent seulement le temps 

D’un feu follet.

Alors pour en finir,

J’ai rangé tout les riens 

Dans un coffre scellé

Pour qu’il n’en reste rien.

Et sur le grand écran 

J’ai gravé quelques mots.

Des mots justes, sans appel,

Des mots qui sonnent bien,

Qui mettent au goût du jour 

Le présent, l’avenir des tout petits 

Bonheurs de notre quotidien 

Des mots qui nous racontent 

Que la vie est si courte 

Qu’il suffirait de peu

 pour qu’il n’en reste rien. 


Et j’ai imaginé un tout autre présent,

Un avenir sans nom

Sans la marque du temps 

Qui passe et désespère.

Un devenir lustré par les mains qui caressent 

Par les joues que l’on tend

Par les baisers cachés dans les cheveux d’argent

Par les larmes furtives qui gonflent au sein des rides

Et fuient le cœur battant. 

Un cœur qui bat plus vite 

Et qui sait inventer au creux des heures sans vie

Un regain de saveurs 

Une belle mélodie qui traîne dans la nuit 

Pourfendant d’une note 

Les soupirs inquiétants de la mélancolie.

J’ai maquillé d’espoir 

La pâleur des matins appelant de mes vœux 

Les rayons bienfaisants 

De ces feux irradiants qui brûlent 

Les poumons, torturant les démons 

Qui se jettent en enfer.

Et j’ai peint le portrait de milles créatures 

Des troupeaux d’innocents

Qui dansent dans le vent 

Sur des chevaux de bois, qui tanguent 

Et se balancent sous le poids des enfants.

C’est un monde léger où les fées bienfaisantes 

Chassent à coup de baguette 

Les monstres de la nuit 

Mettent du vert aux près, du bleu aux océans,

Une ondée effaçant les rougeurs du soleil 

La rumeur d’un orage alourdissant le ciel 

Qui rugit et éclate en des pluies torrentielles

Où nagent les grenouilles en fraîcheur matinale 

Pour ne laisser à l’aube juste quelques gouttes d’eau 

Le sommeil et l’oubli,

Le recommencement sous l’œil atrabilaire 

D’une nuit arrachée aux rêves enfantins,

D’une nuit dévorée de rêves impertinents.