Jeune fille d’antan.
Me voilà bien marrie, car depuis ce matin
Je cours à moitié nue et je ne trouve point
Ni jupon azurin, ni chemise de coton,
Ni voile incarnadin ni dessous de jupon.
À travers les persiennes, le ciel se dessine
Et se caprice au loin blanchoyant et morose
Affolissant mon cœur qui bat pour mille choses.
Je fouine entre guipures et bottines en nankin,
En quelque évagation, je m’ébaudis soudain
Et songe qu’à midi je chercherai encore
Et les bas de linon, et ma robe concolore.
Ah que je suis fâchée d’assotter pour de bon,
Pour un dandin fêtard amateur de salons.
Ce monsieur s’alambique et prend pour chaque mot
Des allures languides que badaudent les sots.
Certes, il est mieux-disant en moult parleries
Il parle, il patrocine pour séduire la galerie!
Enfin, il s’adonise en cape de velours
Tandis que je m’ennuie à souffrir son discours.
Ah, voici un ruban, des lacets et passants !
Comment pourrai-je aller d’alliciante façon
Si je n’accorde point mon chapeau et mes gants.
Il me faut me vêtir pour que je baguenaude.
Mais le ciel se noircit, me voilà bien penaude.
Je m’abandonne enfin sur le duvet de plumes
Les lueurs vespérales et les éclats de lune
Flattent ma nudité, caressent mes cheveux.
Lors je me laisse bercer et je ferme les yeux.
Quelle heure est-il ? Enfin, je procrastine,
Je fronderai monsieur, donnant la gabatine
Rieuse, évaltonnée, jouant et m’esbroufant
Et m’emmitonnerai telle une femme enfant.
Que l’amour est plaisant quand on mène la danse
À jouer la bagatelle et vivre de romances.
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