Je vais vous parler absolument de rien
De ce rien qui nous manque et qui existe bien
Un rien si important
Qu’on ne peut l’attraper
Qui manque sans arrêt
On le désire debout assis
Même couché
Il nous courre dans la tête
Et balaye les pensées les idées
C’est un monstre imposant
À l’appétit gourmand
Ou c’est un petit rien
Tellement considérable qu’on
Redoute de l’avoir
Il pourrait nous montrer
Les facettes cachées
De ce bien inutile
Qui mettrait à nu nos arrières
Pensées. Un rien qui déshabille
Notre intimité et qui montre
Au grand jour
Nos futures pensées.
C’est un vase en terre bleue
Dont le col est si fin
Qu’il ne peut contenir
Qu’une fleur à la fois.
Un lys un jonc une atmosphère
Un monceau d’espérance
Déguisé en lumière
Qui lance des éclairs
Et éteint au passage l’éclat
Des autres riens qu’on
Avait désiré et qui n’existent plus
Des riens du verbe avoir
Conjugués au passé
Qui se sont envolés
Sous la trombe de pluie
Des riens insoupçonnés
Enfouis écrasés
Et qu’on piétine enfin
Pour faire vivre l’espoir
Pour pouvoir souffler
Ou simplement rêver
Un rien de facétie
Un soupçon de gaité
Sur cet écran géant
Où s’agitent, musclés
Les riens qu’on a rangés
Autrefois encombrants
Et qui persistent à vivre
Serrés en rang d’oignons
Pour occuper l’espace
des riens qu’on a comblés
Qui nous tiennent la main
Pour endiguer le flot
Qui viendrait tout noyer
Bousculant au passage
Le monde de vérités qu’on
Avait mis en place et plié
Proprement pour laisser de l’espace
Aux futurs occupants
Un rien de courtoisie du soleil
Et du vent, un brin de poésie
Dans ce présent troublant.
Un rien sans apparat, presque blanc
L’idéal transparent qui flotte
En naviguant vers les coins insondés
De l’imagination
Les riens pèsent si lourd
Que pour les supporter il faudrait
Un camion, un navire une armée
Pour celer
Tout les vases en terre bleue
Qui se fêlent, arrogants,
Dont les fuites probables
Jettent sournoisement une liste de riens
Oubliés au passage
De ces riens qu’on balance
Une fois qu’on les a eus et qui viennent
Nous narguer pour brouiller le cerveau
Que veulent-ils prouver ?
Ils étaient de passage
Éphémères, une montagne de rêves
À la mort annoncée, des idées avortées,
Que veulent dire tout les riens
Qu’on a mis au placard ?
Qu’une vie ne suffirait pour combler
Tous les riens qui s’accrochent aux nuages
Et refusent de tomber
Comme s’il pouvait pleuvoir
Tout à coup l’impossible
Au claquement d’idée
Au sursaut d’intérêt
Les riens indisponibles
Qu’on voudrait obtenir
Parce qu’ils sont fugaces
Et prêts à s’envoler
Parce qu’ils existent seulement le temps
D’un feu follet.
Alors pour en finir,
J’ai rangé tout les riens
Dans un coffre scellé
Pour qu’il n’en reste rien.
Et sur le grand écran
J’ai gravé quelques mots.
Des mots justes, sans appel,
Des mots qui sonnent bien,
Qui mettent au goût du jour
Le présent, l’avenir des tout petits
Bonheurs de notre quotidien
Des mots qui nous racontent
Que la vie est si courte
Qu’il suffirait de peu
pour qu’il n’en reste rien.
Et j’ai imaginé un tout autre présent,
Un avenir sans nom
Sans la marque du temps
Qui passe et désespère.
Un devenir lustré par les mains qui caressent
Par les joues que l’on tend
Par les baisers cachés dans les cheveux d’argent
Par les larmes furtives qui gonflent au sein des rides
Et fuient le cœur battant.
Un cœur qui bat plus vite
Et qui sait inventer au creux des heures sans vie
Un regain de saveurs
Une belle mélodie qui traîne dans la nuit
Pourfendant d’une note
Les soupirs inquiétants de la mélancolie.
J’ai maquillé d’espoir
La pâleur des matins appelant de mes vœux
Les rayons bienfaisants
De ces feux irradiants qui brûlent
Les poumons, torturant les démons
Qui se jettent en enfer.
Et j’ai peint le portrait de milles créatures
Des troupeaux d’innocents
Qui dansent dans le vent
Sur des chevaux de bois, qui tanguent
Et se balancent sous le poids des enfants.
C’est un monde léger où les fées bienfaisantes
Chassent à coup de baguette
Les monstres de la nuit
Mettent du vert aux près, du bleu aux océans,
Une ondée effaçant les rougeurs du soleil
La rumeur d’un orage alourdissant le ciel
Qui rugit et éclate en des pluies torrentielles
Où nagent les grenouilles en fraîcheur matinale
Pour ne laisser à l’aube juste quelques gouttes d’eau
Le sommeil et l’oubli,
Le recommencement sous l’œil atrabilaire
D’une nuit arrachée aux rêves enfantins,
D’une nuit dévorée de rêves impertinents.
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