samedi 7 septembre 2024

Les petits riens.

 Je vais vous parler absolument de rien 

De ce rien qui nous manque et qui existe bien 

Un rien si important 

Qu’on ne peut l’attraper 

Qui manque sans arrêt 

On le désire debout assis 

Même couché 

Il nous courre dans la tête 

Et balaye les pensées les idées 

C’est un monstre imposant 

À l’appétit gourmand 

Ou c’est un petit rien 

Tellement considérable qu’on

Redoute de l’avoir 

Il pourrait nous montrer 

Les facettes cachées 

De ce bien inutile 

Qui mettrait à nu nos arrières 

Pensées. Un rien qui déshabille 

Notre intimité et qui montre 

Au grand jour 

Nos futures pensées.

C’est un vase en terre bleue 

Dont le col est si fin 

Qu’il ne peut contenir 

Qu’une fleur à la fois.

Un lys un jonc une atmosphère 

Un monceau d’espérance 

Déguisé en lumière 

Qui lance des éclairs 

Et éteint au passage l’éclat 

Des autres riens qu’on 

Avait désiré et qui n’existent plus

Des riens du verbe avoir 

Conjugués au passé 

Qui se sont envolés 

Sous la trombe de pluie 

Des riens insoupçonnés 

Enfouis écrasés 

Et qu’on piétine enfin 

Pour faire vivre l’espoir 

Pour pouvoir souffler 

Ou simplement rêver 

Un rien de facétie 

Un soupçon de gaité 

 Sur cet écran géant 

Où s’agitent, musclés 

Les riens qu’on a rangés 

Autrefois encombrants 

Et qui persistent à vivre 

Serrés en rang d’oignons 

Pour occuper l’espace 

des riens qu’on a comblés 

Qui nous tiennent la main 

Pour endiguer le flot 

Qui viendrait tout noyer 

Bousculant au passage 

Le monde de vérités qu’on 

Avait mis en place et plié 

Proprement pour laisser de l’espace 

Aux futurs occupants 

Un rien de courtoisie du soleil 

Et du vent, un brin de poésie 

Dans ce présent troublant.

Un rien sans apparat, presque blanc 

L’idéal transparent qui flotte 

En naviguant vers les coins insondés

De l’imagination

Les riens pèsent si lourd 

Que pour les supporter il faudrait 

Un camion, un navire une armée 

Pour celer

Tout les vases en terre bleue 

Qui se fêlent, arrogants, 

Dont les fuites probables 

Jettent sournoisement une liste de riens 

Oubliés au passage 

De ces riens qu’on balance 

Une fois qu’on les a eus et qui viennent 

Nous narguer pour brouiller le cerveau 

Que veulent-ils prouver ?

Ils étaient de passage 

Éphémères, une montagne de rêves 

À la mort annoncée, des idées avortées,

Que veulent dire tout les riens 

Qu’on a mis au placard ?

Qu’une vie ne suffirait pour combler 

Tous les riens qui s’accrochent aux nuages 

Et refusent de tomber 

Comme s’il pouvait pleuvoir 

Tout à coup l’impossible 

Au claquement d’idée 

Au sursaut d’intérêt

 Les riens indisponibles 

Qu’on voudrait obtenir 

Parce qu’ils sont fugaces 

Et prêts à s’envoler 

Parce qu’ils existent seulement le temps 

D’un feu follet.

Alors pour en finir,

J’ai rangé tout les riens 

Dans un coffre scellé

Pour qu’il n’en reste rien.

Et sur le grand écran 

J’ai gravé quelques mots.

Des mots justes, sans appel,

Des mots qui sonnent bien,

Qui mettent au goût du jour 

Le présent, l’avenir des tout petits 

Bonheurs de notre quotidien 

Des mots qui nous racontent 

Que la vie est si courte 

Qu’il suffirait de peu

 pour qu’il n’en reste rien. 


Et j’ai imaginé un tout autre présent,

Un avenir sans nom

Sans la marque du temps 

Qui passe et désespère.

Un devenir lustré par les mains qui caressent 

Par les joues que l’on tend

Par les baisers cachés dans les cheveux d’argent

Par les larmes furtives qui gonflent au sein des rides

Et fuient le cœur battant. 

Un cœur qui bat plus vite 

Et qui sait inventer au creux des heures sans vie

Un regain de saveurs 

Une belle mélodie qui traîne dans la nuit 

Pourfendant d’une note 

Les soupirs inquiétants de la mélancolie.

J’ai maquillé d’espoir 

La pâleur des matins appelant de mes vœux 

Les rayons bienfaisants 

De ces feux irradiants qui brûlent 

Les poumons, torturant les démons 

Qui se jettent en enfer.

Et j’ai peint le portrait de milles créatures 

Des troupeaux d’innocents

Qui dansent dans le vent 

Sur des chevaux de bois, qui tanguent 

Et se balancent sous le poids des enfants.

C’est un monde léger où les fées bienfaisantes 

Chassent à coup de baguette 

Les monstres de la nuit 

Mettent du vert aux près, du bleu aux océans,

Une ondée effaçant les rougeurs du soleil 

La rumeur d’un orage alourdissant le ciel 

Qui rugit et éclate en des pluies torrentielles

Où nagent les grenouilles en fraîcheur matinale 

Pour ne laisser à l’aube juste quelques gouttes d’eau 

Le sommeil et l’oubli,

Le recommencement sous l’œil atrabilaire 

D’une nuit arrachée aux rêves enfantins,

D’une nuit dévorée de rêves impertinents.












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