J’irai au paradis d’où je verrai la terre
Et je verrai l’enfer, Je verrai les damnés
Ceux qui n’ont pas prié et qui sont condamnés.
Les patraques, les méchants, les fous,
Tout les intransigeants rageurs et mécontents,
Le cou proéminent et la glotte sévère,
La fierté en bannière, l’arrogance en drapeau.
Et je regarderai tout ce qui indiffère,
Qu’on refuse de voir, l’aveuglement notoire
D’un monde sans espoir.
Et je regarderai
Les vastes océans minés par les rivières
Chargés de minerai, pollués et malades,
S’étirer, rétrécir, et mourir, enfermant
La faune agonisante sous un soleil de plomb.
Je ne pourrai rien faire, je ne pourrai rien dire,
Me glisser dans la foule essayer d’avertir
Tout ce monde assassin qui avance tranquille
Vers une mort lente, victime de ses crimes.
Et les pauvres manants erreront, solitaires,
Interrogeant le ciel parce qu’il n’y a rien à faire
Perdus dans l’univers surpeuplé et beuglant
Des hommes sans limite,
Qui croient en je ne sais qui
Et qui tuent froidement: la vie.
Effarée de la haut, je verrai la marée
Débordante et affreuse bousculer
Ce qui reste du peu d’humanité
Engluée dans la fange des fils conducteurs
Du progrès incessant des mains d’ordinateurs
Invasives et manipulatrices
Contre qui il est imprudent de croire
Que nous les dirigeons quand c’est nous
Qu’ils gouvernent.
Je m’en irai malade d’un passage sur terre
Où l’on savait panser et guérir les enfants
Sans tuer le futur , juste là, à côté,
Avec les mots d’amour qu’on met sur page blanche
Et non à mille lieues, sur la vitre impalpable
Du commerce des yeux, apaisant la conscience
Pour croire qu’on est heureux.
Alors, désespérée, j’enverrai avec force
Tout ce que j’ai d’amour à mes enfants chéris,
À mes quelques amis, à ma famille aussi,
Je construirai un nid, pour les mettre à l’abri,
Et pour les protéger.
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