Estelle chante la vie, du moins en apparence.
Elle n’est que remplaçante, celle qui part sans arrêt.
Celle qui passe quelque part sans jamais se poser,
Qui affiche, savamment des airs de liberté,
Mais qui reprend le rang parce qu’il faut composer.
Supporter, endurer, la gente masculine,
Se méfier des humeurs de la gente féminine,
Entendre sans écouter et ne rien répéter
Faire semblant d’être ailleurs et ne pas regarder.
Elle s’obligeait aussi d’être toujours à l’heure,
Remplissant les devoirs de l’administration,
Souriante à tout va malgré ses émotions
Á des gens malfaisants et inintéressants
Pour ne pas laisser poindre une faille possible.
Être au dessus du lot, malgré l’indifférence,
Ne pas courber le dos en dépit des offenses,
Et être féminine bien ostensiblement,
Victoire personnelle qui fait grincer des dents.
Estelle est très fragile et très forte à la fois,
Jouant spontanément deux personnes en suivant.
Celle qui fait son travail, à qui on parle peu,
Et celle qui est chez elle, libre et décontractée.
Estelle, la discrète est bien vite oubliée.
Or, on comptait sur elle pour garder le silence
Sur des agissements qui méritaient sanctions.
Estelle, remplaçante de nombreuses années
Sans famille attachée, déplacée à l’envie,
Suscite l’envie sournoise quand elle s’en va.
Et pourtant elle n’est rien, bien qu’elle soit diplômée.
Trop jeune, trop belle, et bien naïve aussi.
Pourtant un jour viendra où elle dirigera
Ceux-là même qui l’ont tant décriée, humiliée,
Petite revanche ultime au goût aigre et amer.
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