mercredi 3 mai 2023

La ribaude

Robe renaissance Tudor de velours bleu nuit, parements de tulle noir brodé, coiffé avec strass sur front et tempes;





 

 La vie secrète d’Ademar.


Il cherche dans le vent le goût de la bruyère, le chant des papillons, l’haleine du printemps, se noie  dans l’eau de pluie dans sa nuit sans soleil.

C’est un garçon rêveur aux boucles assassines qui caressent sa peau de velours juvénile d’une pâleur de poupée. C’est un joli garçon dont les mots sans accent disent la vérité, des mots purs et charmants qui habillent toute chose d’une étoffe nouvelle, des mots dont les reflets renvoient vers des rivages aux couleurs d’éternel.

C’est un très bel enfant qui perce en un instant les mystères et les gens, son esprit se promène, déformant le présent, habillant le passé, juste pour faire semblant, parce qu’il ne sait pas tout ce qui est vraiment.  

Il n’a jamais connu les limites du temps, ne sent du froid de l’aube que le frisson du vent. Ses mains donnent à la vie des formes singulières, caressant le lointain, respirant la matière cherchant quelque univers fleuri et vagissant, et d’un geste savant esquissent les contours d’une onde vague et brève d’un monde inexistant.

Pourtant il n’est pas rare, quand le soir est tombé, d’entendre un chant d’amour, un air de liberté où souffle un cœur content. C’est que dans la nuit noire, ce garçon est chez lui. Il imagine et guette la pluie de mouvements, les milles petits bruits qui dansent autour du lit, ondulations félines, et papillons de nuit, étirements lointains d’une faune assoupie et la ronde enfantine des anges endormis.

Ademar ne voit pas, il n’a jamais rien vu du monde qui l’entoure. Mais son âme sensible pourrait nous dessiner ce qu’on est incapable de voir sous notre nez.