Il pleut sur les fêlures une valse d’histoires,
Comme si la pluie pouvait effacer de son eau
Ce qu’on croyait noyé au fond de sa mémoire,
Les mots qu’on ne dit pas et tous les mots de trop,
Les phrases en suspend, les regards suspicieux,
Les larmes d’un bonheur à petits pas perdu
Ou qui venu trop tôt n’est jamais revenu.
Il pleut d’une pluie douce et fraîche d’un matin
Le goût de liberté d’un jour sans lendemain.
Et les gouttes à présent qui rampent dans les yeux
Balayent dans son flux toutes sortes d’aveux,
Tout ce qui malgré nous, passait inaperçu
Bousculant au passage les barrières fantaisistes,
Barrages à fleur de peau sensés nous protéger.
Et les vapeurs de pluie se plaisent à troubler
L’horizon de la vie que l’on pensais lointain
La vision pâle et grise d’une vieillesse en chemin.
Naïvement on voile ces visions trop grisâtres
L’ eau de pluie insipide des pensées convenues
On filtre alors les plans des prises inoubliables
Qui n’ont pas résisté à l’usure du temps
De ces photos jaunies des absents oubliés.
L’eau s’infiltre à nouveau et grimpe lentement
Vers l’abri trop fragile impuissant maintenant.
La bruine malicieuse se charge de chagrins,
Se jette dans le fleuve qu’une marée repousse
Et plonge dans l’abime sans fond des souvenirs.
Il faut pour respirer oublier de penser
La pluie sur les fêlures ne s’arrête jamais.