Ma très chère Emilie,
Il a fallu deux mois pour que
vînt votre lettre. Si les mots que vous dites pouvaient me rassurer ! Mais
un ami commun qui vous a rencontrée a
fait votre portrait de curieuse façon. Il paraît que Marie dont vous êtes
entichée exerce sur votre âme une emprise certaine. Monsieur de Courmalon qui régit vos affaires
vous a trouvée défaite, de triste
compagnie, il s’inquiète de vous. Il s’en est remis au Prince de Matelle , qui
songe à revenir vers vos terres provençales. Ah que vous me manquez ! Je
ne puis me confier comme à vous si souvent, sur les potins de cour, et rire de bon cœur sur les petits
travers de Madame Amélie. Savez vous que
l’amant de Lénie Combarelle a perdu sa fortune au jeu le mois dernier ?
Que ne revenez vous vers moi, ma douce amie, que faites vous si loin à présent
sans mari ?
On dit que votre cœur
solitaire se consume et pâlit votre teint sous vos robes de deuil. Laissez vous
entraîner un peu vers la gaité, car la vie vous attend autant qu’on vous
espère.
Je vous joins sous ce pli,
les ragots moins mondains qui circulent, et dérident les gens les plus sérieux.
Riez ma belle amie, souriez à la vie.
Écrivez moi souvent avant que de venir.
Votre fidèle amie Emeline
Descourt.
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