On se demande encore quand
viendra le printemps
Car il gèle ce soir sur la
dune sauvage.
Et la louve douairière qui
s’inquiète du temps
Sait bien que la froidure
peut faire des ravages.
Il y a tant d’années on brûlait
des fagots
Pour chasser les intrus
importuns des montagnes
On faisait tant de feux qu’il
courrait des ragots
Sur les bêtes cruelles en
lisière de campagne.
On avait même cru que les
enfants perdus
Étaient déchiquetés par des
hordes de loups
Qui rodaient affamés au point
de n’avoir plus
Que des restes humains sur
des tas de cailloux.
Loup y es-tu, que veux tu, on
joue au loup-garou
Pour faire peur aux enfants
de tout le voisinage
On invente des jeux qui
miment peu ou prou
Des hurlements atroces invitant au carnage.
Et les jeunes louveteaux
interrogent grand-mère
Car leur parc de jeu est
bordé de métal
On a ceint les forêts de
clôtures amères
Ils ne savent plus rien des
coutumes ancestrales.
Et les jeunes enfants font
semblant d’avoir peur
Du pelage des fauves qui
pâlit au soleil,
De ces yeux blonds de miel
qui vous percent le cœur
Et laissent une blessure aux
consciences en sommeil.
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