J’ai voulu que ma main, optimiste et joyeuse dépeigne mes amis dans un petit recueil . J’ai mis en relation les images et les textes pour rendre intelligibles l’histoire des personnages.
Lorsque je laisse aller la plume ou le pinceau, ils arrivent, et s’installent, autour de cette table. De grands yeux me regardent et me questionnent aussi comme s’il était urgent de me dire ce qu’ils pensent. Il n’est pas de sujet qui blesse mes amis, et ils vaquent à la fois sur tous les fronts possibles.
Clin d’œil au fil des siècles alourdis du passé où la toile aplanit les relents meurtriers, ils demeurent aujourd’hui les fantômes vivants, attributs impalpables, représentants moqueurs qui lancent un coup de pied géant dans la poussière. Petite mélodie secrète et inaudible, le bruit s’installe enfin et m’offre la palette des couleurs de la vie.
Il n’est pas un ciel bleu qui dise la candeur, et l’oiseau de malheur trépigne sur nos têtes. Sous son hennin, madame, sent flétrir sa jeunesse, les rumeurs rudes et noires obscurcissent les nues. Mais on ne voit jamais, étalé sur le sol, la mort, officielle , effective. On sent juste l’attente et l’espoir ingénu, et il n’arrivera rien si on est vigilant. Il plane la tendresse sous le fil invisible qui relie sur la toile les curieux personnages. Chacun m’a exposé son bonheur d’être au monde. Cependant les profils cachant l’autre moitié, on dirait que je cache leur double au-delà du portrait.
J’ai rencontré Rani, Amandine et Jasmin au coin de mes pensées les plus tumultueuses. Adèle la fidèle et Ernest l’insoumis, survivent à tous les maux car ils se sentent aimés. Le profil malicieux et drôle des canins se fond dans un décor improbable et burlesque. Mais peuvent-ils se prétendre capable d’exister et dire ouvertement pourquoi ils sont venus?
J’ai tâché de répondre après avoir traduit leur langage étourneau tant peuplé de fraîcheur et de naïveté. Et voilà que certains m’ont conté autre chose, expression tout à coup de moments difficiles, où nul ami ne vient pour leur tendre la main. Loulou et Médicis s’offusquent de l’oubli du maître trop fêtard, Clarisse et Aliénor endurent l’éloignement du père et du mari. Ils affichent ni révolte, ni exaspération, mais une posture figée à l’image d’un temps qui s’éternise, et qui n’arrange rien.
Sous les profils tendus aux couleurs impossibles , derrière le front lissé des crinières féminines, les aveux se dissipent et occupent l’esprit. Il n’est pas une histoire que ceux-là ont vécu, qui ne surgisse pas des postures placides. Mais oui, ils vivent encore et racontent tout bas les bonheurs de la vie, toutes les fantaisies que l’on peut se permettre, qui chantent au creux des cœurs et ravissent l’esprit.
Des enfants, oui, sans doute selon que l’on s’arrête au devant de la scène, ou qu’on pénètre enfin au cœur de leur histoire. Des âmes singulières qui nous tiennent la main et qu’on ne peut quitter sans l’idée insistante qu’on ne peut présager d’une once d’avenir.
Simple commodité descriptive ou manipulation du visible?
Alors, je suis allée au devant de leurs vœux. Je les ai écouté dire en alexandrins, la beauté du pays qu’une certaine lumière a teintée de tristesse ou d’amour à jamais. Les silences s’ébruitent en rumeurs tapageuses, il coule sur l’instant les humeurs joyeuses,et les larmes de pluie que l’orage disperse, blanchissent l’horizon pour laver le passé. De château en habit, ( L’homme du monde, Au XVIIIème, Le Frère de Monsieur) on vit dans l’illusion de grandeur éphémère: loin du bruit des canons, la danse est plus légère.
Les chaises et les dragons, les poussins, les moustiques, s’humanisent en montrant ce qu’ils voient du décors.
On parle doucement, et l’on se plaint à peine, mais le cri se propage dans le ciel silencieux. On rit sans se moquer ou alors franchement, pour nous faire accepter le bizarre, le loufoque, le temps de se distraire du sérieux de la vie. Du modèle carcan un brin révérencieux à l’allure intrépide et moqueuse, parfois,il n’y a qu’un glisser, saut de chat fantaisiste qui permet d’oublier l’adulte que nous sommes. Les objets sont vivants, d’ailleurs il ne se privent pas de chanter, de danser. Un peu comme les murs d’un château oublié, ils montrent les fêlures sous la crasse du temps, ils remuent la poussière qui cache les secrets et dans une dernière pirouette optimiste, ils disent que la vie vaut bien d’être vécue.
J’aurais pu vous laisser imaginer les scènes, libre à vous de changer chacune des histoires, vous êtes là pour ça, sans se prendre la tête.
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