Ma très chère Emeline.
Les mots manquent toujours
quand on veut dire sa peine, et je n’ai pas le cœur aux folies des salons. Il
me manque le goût et l’attrait de la vie. J’attends toujours vos lettres avec
empressement, c’est le fil invisible et pourtant nécessaire qui redresse l’esprit
et le fait respirer. Je demeure amollie et je reste sensible empêchée que je
suis des rêves de demain. Ah que le temps est long, sans vous ma douce amie.
Mais voici que je crains d’affronter la lumière, le monde indifférent aux
bruits de mon chagrin. Cependant, à des lieues des palais où je dansais naguère,
le désir me revient d’écouter les violons. Voyez que je grandis et dépasse ma
peine. Me voilà affligée de ne point rencontrer tous ces galants de cour dont
le train ordinaire fait qu’ils s’émeuvent de rien et rient de peu de choses.
Monsieur de Courmalon est un
doux solitaire, et il dresse fort bien les portraits qu’il dessine. Je m’en remets à lui, il est sûr et prudent, il saura
gouverner les gens des métairies.
Je songe à mon retour en mes mornes
toilettes, il faudra chevaucher quatre semaines entières. Écrivez moi encore
avant que je revienne, mon cœur triste et meurtri a besoin d’amitié.
Votre fidèle amie Émilie
d’Apremont.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire